Écrire laisse des traces
On ne peut pas se détacher de nos écrits
Pendant des années, j’appuyais sur le fait que je refusais catégoriquement d’avoir un lien quelconque avec mes personnages, afin de n’avoir aucun remord quand l’un d’entre eux souffrait ou mourrait de par mes actions. Des années plus tard, je me rends compte que je me suis complètement fourvoyée.
On ne sort jamais indemne de ce que l’on ose consigner. Les mots accusent autant qu’ils révèlent.
Lorsque que je tente d’expliquer de quoi parle Anaon, je rentre souvent dans les grandes lignes en indiquant qu’il s’agit d’une guerre de religion entre un camp monothéiste et un camp polythéiste, en reprenant vaguement les dieuesses celtiques. Bref, la surface.
Ce n’est que des année après le début d’Anaon que je finalement compris que j’avais bel et bien un lien avec ma trilogie et qu’Anaon ne se cantonnait pas à une simple guerre de religion. Non. Car, dans le sous-texte, se trouve aussi le deuil. Le deuil que vont devoir apprendre nombreux de mes personnages, que je dois aussi apprendre à faire.
Très souvent dans la trilogie, Nar parle très souvent d’individus comme étant ses enfants. Et, certains d’entre eux sont décédés pour de tristes raisons. Il lui sera très difficile de seulement songer au deuil, au fait d’accepter le départ de certains de ses enfants. Pour quelle raison je m’arrête spécialement sur Nar ?
Parce qu’il y a quinze ans, j’ai du faire face à un événement qui fait, encore aujourd’hui, partie de ma vie. Cet événement a fait que je porte, à mon tour, un deuil en moi. Un deuil que j’ai caché, tue et ignoré pendant ces quinze années et que, maintenant, je révèle. Y face est encore assez dur, l’ignorer est plus facile.
Mais, un jour, je serais comme Nar et mes personnages, je vais apprendre à accepter mon deuil et ne plus agir comme s’il n’existait pas.
Et toi, quelle partie de toi tu as laissé dans ton histoire ? J’ai hâte de le savoir.


